Les racines. Bogdanówka.
Stanisław Trybała est né le 28 janvier 1950 à Bogdanówka, petit village des Beskides aujourd’hui rattaché à la commune de Tokarnia, dans la famille de Władysław et Marianna née Hucher. Le combat quotidien avec une nature montagneuse rude, l’éthique du travail et la spiritualité populaire ont façonné dès l’enfance sa sensibilité spatiale et son respect du bois comme matière même de la vie. Bogdanówka est restée son refuge spirituel — il y revenait sans cesse, au sens symbolique comme au sens le plus littéral.
Zakopane. L’école Kenar.
Après l’école primaire, il entre au lycée d’État des arts plastiques Antoni Kenar de Zakopane — institution légendaire dans le discours artistique polonais. L’« école Kenar » alliait un respect rigoureux pour la tradition de la sculpture sur bois à une approche audacieuse, presque avant-gardiste, de la forme.
C’est là qu’il apprit ce qui l’accompagnera toute sa vie — la vérité du matériau. La sculpture sur bois ne pouvait être l’imposition d’une forme : elle devait naître du dialogue entre le sculpteur et la structure du tronc — son veinage, ses duretés, ses fissures naturelles. Il passe son baccalauréat en 1969.
Varsovie. L’Académie des beaux-arts.
En 1970, il commence ses études à la Faculté de sculpture de l’Académie des beaux-arts de Varsovie. Une époque agitée — l’art conceptuel, l’abstraction et les échos de la nouvelle figuration s’y affrontent. Trybała garde dans ce contexte une indépendance étonnante, concentré sur le métier classique et sur l’anatomie humaine. En 1975, il obtient son diplôme avec mention.
Le retour. Skomielna Czarna.
Le diplôme en poche, il refuse l’attrait d’une carrière dans la capitale. Il tourne sciemment le dos aux paillettes du milieu et rentre au pays natal pour s’installer durablement à Skomielna Czarna, où il bâtit sa maison et un vaste atelier de sculpture. Ce geste — un retrait du centre vers la périphérie — est la clé de son art. Skomielna Czarna devient un territoire reconquis, un lieu où il peut se livrer entièrement au travail, libéré de la pression du marché et des modes avant-gardistes.
La matière. Le tilleul.
Il travaillait le bois, la pierre et le métal, mais c’est le bois — et tout particulièrement le tilleul (Tilia) — qui devint son médium absolu. Une matière à la résonance culturelle profonde, jusqu’à Veit Stoss ; tendre, au veinage régulier, qui se prête au plus fin détail anatomique. Une fois polie et cirée, la surface du tilleul prend une douceur soyeuse — elle imite presque la peau.
Le sacré.
L’art sacré fut le pilier dominant de son œuvre. Le motif le plus important, mille fois revisité, fut la Pietà. Comme il le disait lui-même :
Le thème de la Pietà est profondément sculptural. Les Pietàs sont inspirantes, parce qu’elles renferment une charge de souffrance inimaginable.
Le sommet de cette recherche fut l’exposition Mater Dei Dolorosa (MOKiS Myślenice, 2013) — sept Pietàs réalisées en deux ans. Sous chaque sculpture, des strophes de poésie. La commissaire d’exposition, Małgorzata Anita Werner, dira de ces œuvres qu’elles montrent « comment l’on peut entrer dans l’immensité de l’amour de Dieu pour l’homme et de l’homme pour Dieu ».
Le profane.
En contrepoint de la Passion, l’affirmation de la vie — le nu féminin. Trybała, le regard fixé sur le canon de Michel-Ange, signait des sculptures que la critique appelait des sculptures-poèmes. Son expérience la plus originale fut le cycle Muses et Violons — l’anatomie féminine enlacée à la caisse de résonance de l’instrument : une synesthésie visuelle entre la musique et le corps.
Le maître que l’on surnomma le Michel-Ange de Bogdanówka.
L’expression revient au poète et critique de Myślenice Emil Biela. Il voyait chez Trybała la même quête renaissante de la forme parfaite, le même respect de l’anatomie, la même capacité de libérer la figure de la matière brute. Le titre — d’abord poétique — s’est imposé dans la presse régionale et l’a accompagné jusqu’à aujourd’hui.
Le testament. Le Chemin de Croix.
Dans les dernières années de sa vie, alors qu’il luttait contre la maladie, il revient aux thèmes eschatologiques. Sa dernière œuvre monumentale fut le Chemin de Croix en plein air (2017) qui ceint l’église de la Visitation de la Bienheureuse Vierge Marie à Skomielna Czarna — croix de bois sobres, auvents de tôle, peintures à l’huile pour chaque station.
Stanisław Trybała s’est éteint le 28 février 2018. Il repose au cimetière paroissial de Skomielna Czarna, juste à côté de l’église dont il avait si magnifiquement façonné l’intérieur. Le centre culturel de la commune de Tokarnia l’a inscrit dans la liste d’honneur des « Personnes dignes ». Le Musée de l’Indépendance de Myślenice expose en permanence deux de ses sculptures au deuxième étage.