La vérité du matériau.
Les années passées à l’école Kenar de Zakopane ne l’ont jamais quitté. On lui y avait appris que la sculpture sur bois n’est pas un combat contre la matière — c’est un dialogue. Le tronc a son veinage, ses fissures, ses zones de dureté. Le sculpteur doit s’y accorder, écouter. Pendant des décennies, Trybała a travaillé comme si le bois lui-même lui soufflait la forme déjà présente en lui — il ne lui restait qu’à retirer ce qui n’était pas nécessaire.
L’atelier. Skomielna Czarna.
Il l’a bâti après son retour de Varsovie. Une maison et un atelier au pied de la montagne. Ce n’était pas une fuite — c’était un enracinement. Il pouvait y fréquenter le bois chaque jour. Il pouvait regarder l’église pour laquelle il a travaillé toute sa vie d’adulte. Il pouvait sculpter sans la pression du marché, sans avoir à expliquer pourquoi, au XXIᵉ siècle, il sculptait encore des Pietàs.
Deux pôles.
La critique a souvent relevé chez lui un contraste caractéristique. D’un côté — le sacré. La Pietà, la Couronne d’épines, la Croix, le Christ pensif. Une force brute, une douleur véritable, rien du dévotionnel artisanal. De l’autre — l’affirmation : le torse féminin, le nu en hommage à l’anatomie, la surface polie jusqu’à la douceur soyeuse de la peau.
Ces deux pôles ne s’excluaient pas. Ils étaient les deux faces d’une même sensibilité — pour un homme qui savait que le bois (autrefois vivant) et le corps (qui doit mourir) parlent de la même chose.
Synesthésie.
Les œuvres les plus personnelles de son corpus furent les Violons et les Muses. Le corps féminin enlacé à la caisse de résonance d’un instrument. La courbe d’une hanche prolongée par la courbe d’un violoncelle. Un silence dans lequel on entend presque la musique. Emil Biela les appelait sculptures-poèmes — et le terme est resté.
Modestie.
Il parlait peu. Les expositions étaient toujours ouvertes par d’autres — commissaires, critiques, maires. Lui se tenait à l’écart, écoutait. Quand on l’interrogeait sur les Pietàs, il disait seulement : « Le thème de la Pietà est profondément sculptural. Les Pietàs sont inspirantes, parce qu’elles renferment une charge de souffrance inimaginable. » Et cela suffisait. Le reste était dans le bois.